Réouverture des écoles : un pari risqué.

Le faux départ des élèves n’aura été que trop répétitif est–on tenté de le dire. Mais cette énième tentative est la bonne. Les élèves et étudiants ont repris le chemin de l’école comme l’a décidé le gouvernement du Burkina-Faso. Mais avec quelle garantie d’être protégé de la Covid-19 ?

Pour cette reprise des cours, le gouvernement burkinabè table sur l’application des mesures barrières,  pour protéger les élèves, les enseignants et le personnel administratif  du Covid 19,  un pari risqué pour un pays comme le Burkina Faso. Pour ce qui nous concerne, il aurait fallu un préalable à la reprise des cours ; c’est-à-dire  procéder au dépistage ne serait-ce que du personnel enseignant et administratif. Le Sénégal par exemple a reporté    la reprise des cours après avoir enregistré des cas de personnels enseignants testé positif dans la région de  Ziguinchor. Le Japon quant à lui,  a dû se raviser après la reprise des cours lorsque des cas positifs ont été signalés parmi les enseignants.  Du Coté de la France, il a été mis en place un protocole de prescriptions sanitaires bien étudié pour prévenir la maladie à coronavirus et nul doute de la  capacité logistique, financière et humaine  de l’hexagone à  appliquer à la lettre ce protocole. Un protocole inspiré des orientations de l’UNICEF et de l’OMS tout comme l’a fait le Burkina Faso. A travers ce protocole, le port du masque, le lavage des mains à l’eau et au savon, et la distanciation physique sont les mesures barrières  censées protéger  de la Covid-19 dans les établissements. De notre avis, ces mesures sont, non seulement, insuffisantes mais aussi, elles risquent d’être mal appliquées. Toute chose qui ne garantit pas l’efficacité de la lutte contre  la Covid-19 quand on connait  la facilité avec laquelle se propage et se transmet le virus.

L’indiscipline dont fait montre la population laisse croire qu’il serait impossible d’appliquer les meilleures pratiques en matière de lavage des mains.

 Comment la mesure de la distanciation physique est-elle appliquée dans les écoles ? Il n’y aurait rien à craindre   si toutefois les élèves étaient assis dans les classes à une distance d’au moins un mètre. Mais quand est-il de leurs déplacements dans les bâtiments et dans la cour de l’école ?  Ces déplacements sont–ils limités, organisés et encadrés comme cela devrait l’être   ?  Que dire du comportement des élèves pendant les récréations ? Ces récréations sont-elles aussi organisées en tenant compte des  recommandations relatives aux gestes barrières ? Inutile d’épiloguer sur ces questions. Rien n’est prescrit, ni fait à ce niveau. Venons-en à présent aux masques anti postillon qui, d’ailleurs, n’ont pas été livrés à temps et en quantité suffisante dans certaines écoles.   Est-il possible que les élèves en fassent un bon usage ? Il n y qu’à regarder, à la télévision par exemple,  la manière dont des adultes et autorités de notre pays portent leurs masques pour se rendre compte de l’inefficacité des dangers que peuvent créer le mauvais port du masque. Selon les recommandations de l’OMS, le masque  doit être lavé après chaque usage, le devant du masque ne doit pas être touché et si cela arrivait,  les mains doivent être immédiatement lavées à l’eau et au savon.  L’indiscipline dont fait montre la population laisse croire qu’il serait impossible d’appliquer les meilleures pratiques en matière de lavage des mains. En effet cela devrait se faire  à l’arrivée dans l’établissement,  avant et après les récréations, après les toilettes  et le soir avant de rentrer à la maison.  

Si les établissements ne deviennent des foyers de propagation de la  Covid-19,  cela ne serait sans doute pas grâce aux mesures barrières.

L’UNICEF et l’OMS ont publié des orientations pratiques au nombre desquelles, le   nettoyage désinfectant des sols et des surfaces fréquemment touchés comme les tables et les bureaux et l’augmentation de la circulation de l’air et de la ventilation. Qu’en est-il sur le terrain ? Quand on regarde l’exiguïté de certaines salles de classes et l’absence d’un système de ventilation on est en droit de se dire qu’il y péril en la demeure.

A moins d’un miracle il serait tout simplement impossible d’appliquer les mesures barrières avec toute la rigueur exigée pour avoir l’efficacité qui leur est reconnue. Même si, par un miracle ces mesures venaient à être scrupuleusement respectées ; comment être sûr que les élèves ne courent pas de risque sur le chemin de l’école ? Bien malin qui pourra répondre à cette question.

Oui, les mesures barrières permettent de protéger les élèves et le personnel enseignant de la Covid-19 à la seule condition qu’elles soient bien appliquées. Et pour y arriver cela demande de la discipline de la part des apprenants, du personnel enseignant et administratif et des populations. Cela demande aussi  des moyens financiers, logistiques et humains que le gouvernement ne peut  mobiliser au profit de notre système éducatif. Si les établissements ne deviennent des foyers de propagation  de la  Covid-19,  cela ne serait sans doute pas grâce aux mesures barrières.  Il faudra chercher la raison ailleurs, tout comme on cherche toujours à comprendre pourquoi l’apocalypse qu’a prédit les spécialistes de la santé n’a pas eu lieu en Afrique.  

                                                            Clémence TUINA  

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